Deuil Suicide

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Frédérique


Comment je m’en suis sortie ? … Je ne sais pas si j’en suis sortie, je suis encore parfois abasourdie, deux ans après, que cela soit arrivé. Toujours est-il que cela donne parfois un gout de cendres à ma vie, parfois aussi me somme de gouter chaque bon moment.

Dans un premier temps j’ai ressenti comme une urgence vitale d’être avec mes parents , mes autres frères, les gens que nous aimions en commun. J’ai aussi averti mes meilleurs amis, moins directement touchés que moi ils ont pu m’apporter du soutien, certains ont su être simplement à l’écoute je me suis appuyée sur eux, d’autres n’ont pas su ou pu se manifester je ne les ai pas resollicités.

D’autres enfin avec beaucoup de bonnes intentions se sont voulu réconfortants avec des paroles que j’ai parfois mal prises ; soit j’étais assez en forme pour le leur dire et çà n’a pas laissé de gêne, soit je le prenais comme une pique sur ma douleur et cela m’a mise mal, sans que je puisse le dire , alors pendant un temps j’ai évité de les voir pour me préserver.

J’ai aussi choisi de ne pas en parler à mes voisins pour garder l’occasion d’échanges banals ou il ne soit pas question de la mort de mon frère. Je ne sais pas si cela m’a aidé mais quand les personnes me demandaient" comment il est mort ?" j’ai toujours nommé le suicide, cela m’a permis d’ajouter mon incompréhension de son geste quand j’en ai éprouvé le besoin.

Du coup souvent mon interlocuteur m’a dit avoir un proche qui s’est suicidé alors qu’il n’en avait jamais été question avant. Petit truc auquel j’ai eu recours dés le lendemain ce sont des granules homéopathiques qui ont calmé l’état physique de palpitation, d’oppression, jambes flageolantes,.....Ignatia et Arnica, je crois que çà m’a évité un engrenage d’épuisement en plus de la peine.

Depuis du temps a passé, j’ai trouvé de la force en soutenant dans la mesure du possible sa femme et ses enfants, en passant du temps avec, en partageant des moments d’émotions avec nos proches (par exemple messe commémorative). J’entre de temps en temps seule dans un cimetière et je pleure, à un moment je craque je retrouve ma douleur comme un envahissement incapable de penser que la vie peut continuer, çà me lave vraiment et puis à un moment les larmes sont taries la pensée de mes enfants ou autre chose retrouve sa place et je repars.

Par contre j’ai proscrit les photos, je ne sais pas pourquoi. Pour avancer j’ai du admettre que je n’aurai pas de réponses à mes questions. Dans mes petits rafistolages, j’ai écrit quelques textes, fait quelques dessins, pris mon vélo (j’avais çà en commun avec mon frère) à des moments ou j’étais seule.

Je suis allée revoir pour deux séances la psychothérapeute avec qui j’avais fait une Thérapie il y a plusieurs années. J’ai toujours cherché à être le plus près possible de mes émotions et sentiments, notamment en cherchant les mots les plus justes par exemple le mot "culpabilité " qui a souvent été évoqué autour de moi ne me parait pas juste, j’éprouve des regrets .En tout cas je crois que ça a été une force pour moi de ne pas laisser les gens savoir pour moi ce que j’éprouve mais de pouvoir dire ce qui me concerne vraiment et tant pis si cela a parfois fait venir larmes ou colère en l’exprimant.

J’ai aussi trouvé quelques témoignages qui ont sonné justes pour moi comme celui de Mathias Malzieu " Maintenant qu’il fait tout le temps nuit sur toi". Je dois laisser pleins de choses de coté mais à y réfléchir depuis deux semaines c’est ce que j’aurai envie de donner comme témoignage de mon bricolage pour avancer dans ma vie alors que le suicide est venu bousculer ma façon de voir la vie, il a aussi ancré en moi cet appétit de vivre pleinement les bons moments partagés avec ceux que j’aime

Frédérique

P.-S.

Ce témoignage émane d’un participant à un groupe d’entraide et de soutien pour personnes en deuil à la suite d’un suicide.

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2 Messages de forum

  • Frédérique

    19 janvier 2013 20:40, par R-ose

    Bonjour,

    Je voulais vous remercier pour votre témoignage. Pour moi c’est un effondrement la perte de mon grand frère. Elle reste inacceptable et silencieuse dans la douleur. C’est dur mais sans le soutien de ce genre de message peut sauver parfois. Merci Fréderique

    Rose

    Répondre à ce message

    • Frédérique 22 août 2013 14:59
      Bonjour, je tiens à vous remercier également de votre témoignage, c’est cette justesse dans le ton et les mots qui font écho à la perte de ma mère il y a 4 ans. Sylvie

      Répondre à ce message


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