Deuil Suicide

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Isabelle


J’apporte mon témoignage parmi tant d’autres, un message d’espoir après une douloureuse épreuve qu’est le suicide.

L’histoire en quelques mots :
Je voyais que ma filleule (15 ans) n’allait pas très bien et après plusieurs discussions avec sa mère (ma sœur), j’apprends que ma nièce a fait plusieurs tentatives de suicide.
J’essaye de discuter avec ma filleule mais elle est incapable de parler, de dire pourquoi elle allait mal. Par contre elle a préféré écrire : « je sais que vous avez un secret, que ce secret vous fait souffrir et je ne supporte pas de vous voir souffrir »
Un terrible bouleversement s’est produit en moi car 17 ans auparavant un de mes frères s’était suicidé en laissant une lettre adressée à moi et mon autre frère. Une lettre où il évoquait clairement le gros problème de communication avec mon père (et c’était une réalité) mais une lettre qui est devenue un secret de famille car on a jamais abordé ce sujet que ce soit entre frère et sœur et encore moins avec les parents. Chacun a gardé sa souffrance, l’a enfouie au plus profond de soi-même et il n’en a plus jamais été question sauf que ... quelques jours avant ses 18 ans, ma nièce s’est suicidée, 20 ans après le suicide de mon frère dans des circonstances similaires.

Et là, j’ai été envahie par la peur "ça continue ", "pourquoi ", la peur, la peur......la peur pour mes enfants. Il fallait que ça s’arrête !

J’allais de moins en moins bien. C’était trop lourd à porter. Ce n’était pas possible d’en parler avec ma famille. Je ressentais pourtant le besoin de dialoguer avec mon père, pour savoir ce que lui avait ressenti au moment du suicide de mon frère. Un moment très fort, où il a évoqué la difficulté de parler vrai avec ma mère, la difficulté pour lui d’exprimer ses sentiments. Il a beaucoup parlé de son passé : la maltraitance, la double alliance, le problème de communication : une souffrance qui l’empêchait d’assumer son rôle de père. Il était vraiment sincère et c’est la première fois où je lui ai dit que je l’aimais et que j’avais besoin de lui.
C’était difficile à vivre, je ne savais pas avec qui parler de tout ce que je vivais et ressentais, du chagrin qui m’envahissait, de la colère qui m’habitait et de voir mes enfants qui en souffraient aussi. Sans compter la culpabilité : voir deux de mes proches souffrir, avoir le sentiment de ne pas avoir fait ce qu’il fallait pour les aider. Je ne pouvais plus supporter tout ça !

J’ai donc commencé par le groupe d’entraide, le début d’un long parcours. Ce groupe m’a beaucoup apporté car j’avais un lieu où parler de ce que je vivais, un lieu d’écoute et de respect, un lieu qui m’a permis de mettre des mots sur ma souffrance, mes sentiments, mes émotions. C’était très difficile pour moi, je n’avais pas l’habitude d’exprimer mon ressenti.
Le groupe d’entraide m’a permis de prendre conscience d’une grande souffrance intérieure et m’a incité à suivre une psychothérapie. J’ai donc continué mon parcours avec l’aide d’une psychanalyste.
J’ai ressenti un grand soulagement lorsque j’ai emmené les lettres de mon frère car l’histoire familiale était lourde à porter et j’avais besoin de comprendre. Ce silence familial était une épreuve, "faire comme si rien ne s’était passé", c’était impossible pour moi !
C’est un travail très profond où on nous renvoie des choses qu’on n’aimerait pas toujours entendre. Il y a eu des périodes de flottements, des périodes où j’avais envie de tout laisser. Le soutien autour de moi m’a permis de tenir bon.
J’ai posé des limites avec ma famille, surtout avec ma mère,
J’ai exprimé ce que je ne pouvais pas accepter.
J’ai mis des distances,
et j’ai osé être vrai avec moi-même

Je me suis également appuyée sur des ouvrages pour favoriser une communication plus saine et plus bénéfique pour moi et les autres. Un long travail sur soi qui m’a permis de changer de mode de communication : éviter les paroles culpabilisantes, essayer d’utiliser des paroles valorisantes et un langage d’amour. J’ai observé les besoins de mon père et me suis rendue compte que l’expression de son amour passe par les services rendus. Je le cite car c’est ce qui m’a permis de créer un nouveau lien avec mon père et pour lui d’assumer son rôle de père. Ce sont plusieurs mois d’efforts persévérants qui ont débouché sur un résultat positif.

La haine, la colère, la culpabilité ont fait place à une paix intérieure certaine.

Le groupe d’entraide, le suivi psy, le nouveau lien avec mon père m’ont permis de me reconstruire.
Je dois un grand MERCI à mon mari qui a eu beaucoup de patience et a su m’écouter. Un grand MERCI à mes enfants aussi qui m’ont aidé à persévérer, à leur façon, par leurs mots, leurs ressentis. L’aide de la psy a été précieuse pour comprendre ce que mes enfants voulaient me dire.

Aujourd’hui, 4 ans après le suicide de ma nièce, je me sens bien et heureuse de vivre. Le chagrin est toujours là mais plus acceptable. Quelque part, je suis fière de mon parcours. Il a fallu du temps, il y a eu des moments difficiles mais le résultat est encourageant.

"Persévérez et gardez espoir"

MERCI à tous ceux qui m’ont accompagné sur ma route

Isabelle

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3 Messages de forum

  • Patrick Mahony

    18 septembre 2014 04:55, par Patrick Mahony
    J’ai lu avec attention votre avis. Patrick Mahony Patrick Mahony

    Répondre à ce message

  • Isabelle

    23 novembre 2013 20:38

    J’en suis exactement à ce tournant. Mon père s’est suicidé alors que je portais mon fils, il a maintenant 13 ans et ça reviens dans mes pensées parce que justement je ne veux pas en faire un tabou mais j’ai la peur au ventre de lui dire... Je dois le faire, je vais finir par trouver le courage, je fini toujours par le trouver. J’ai écrit une petite lettre que j’aurai aimé que mon père lise avant de faire ce qu’il a fait, je savais qu’il n’allais pas bien mais je ne pensais pas à ça et je ne savais pas quoi faire. Mais si un seul autre parent qui pourrais envisager ce geste l’a li et s’arrête avant pour décider de prendre la main de ceux qui l’aime avec toute la force de la violence qu’il souhaitait s’infliger je me devrais de remercier la vie à jamais de m’avoir permis une telle chose.

    Voici ce que j’aurai aimé te dire avant que tu te fasses tous ces bobos papa ...

    Quand ton coeur est devenu trop lourd de peines papa J’aurais tant donné pour que tu penses à combien lourd serait le mien après papa

    Quand tu as décider de lâcher ma main pour calmer ton chagrin, n’as tu pas pensé à qui tiendrais la mienne quand j’aurai peur n’as tu pas pensé à qui m’amènerais quand je me marierai

    Papa, même avec toute ta douleur, si tu avais su... que 13 ans après je pleurerais encore ton absence que je me sentirais pour toujours abandonner que la vrai raison de ton départ allais devenir le plus lourd des secrets entre mon fils et moi

    Si tu avais su que tu ferais tout ça, l’aurai tu quand même fait papa...

    Je ne saurai jamais, le doute sera éternel tout comme ma douleur Une partie de ta douleur est devenu mienne et le plus pathétique est que je l’aurai partagé ta douleur papa, mais avec ta main dans la mienne elle aurait été un peu moins lourde à supporter

    Tu m’as oublié papa

    Voilà j’espère ne pas faire de peine à aucune personne, mais si vous songez qu’éteindre la lumière sera si doux sachez la violence de la noirceur que ça causera. La force nécessaire pour se faire violence à en mourir peut aussi être utilisé à appeler ceux que vous aimez et ce malgré la gêne, malgré la peur de déranger, malgré l’inconfort de ce que vous pensez que vous allez parraître, rien ne fera jamais aussi mal que votre départ ni à vous ni à eux. Donner leur une chance si ce n’est pas pour vous faites le pour eux.

    Karine

    Répondre à ce message

    • À Karine et Isabelle 27 août 2015 16:45, par Christiane

      Merci toutes deux pour votre témoignage que je trouve touchant.

      Karine, suite au suicide de ma soeur en juin 2015, je ressens aussi une très grande tristesse. La lettre que vous avez écrite à votre père m’a beaucoup émue. J’en suis à cette étape de questionnement, à savoir si elle avait su toute la tristesse que nous vivons, tout le vide ressenti si elle aurait posé son geste.

      Le fait aussi que sa fille qui veut des enfants ne verra pas sa mère auprès d’elle lors de ces moments si importants. Son fils non plus ne recevra plus les conseils avisés de sa mère.... Bref, à ceux qui pensent que le suicide est une solution, pensez à ceux qui restent, notre coeur est brisé à tout jamais ....

      Répondre à ce message


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